Droit du plus fort (Le)
Droit du plus fort (Le)
Voisard, Anne-Marie  
  • Éditeur : Écosociété
  • Collection : 10 ans NC
  • EAN : 9782897194079
  • Code Dimedia : 000175120
  • Format : Broché
  • Thème(s) : SCIENCES HUMAINES & SOCIALES
  • Sujet(s) : Sciences humaines - Divers
  • Pages : 256
  • Prix : 25,00 $
  • En librairie le 11 septembre 2018
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EAN: 9782897194079

L’affaire Noir Canada décryptée à l’aune de la sociologie du droit, quand la procédure judiciaire prend toutes les allures d’un dispositif du pouvoir

En 2008, Écosociété publiait Noir Canada. Pillage, corruption et criminalité en Afrique, d’Alain Deneault, William Sacher et Delphine Abadie, ce qui a valu à la maison d’édition et aux auteur.e.s deux poursuites judiciaires de compagnies minières totalisant 11 millions de dollars. Cela en faisait à l’époque, selon le journaliste du Monde Alain Beuve-Mery, « le livre le plus cher de l’histoire de l’édition ». L’affaire Noir Canada a en effet marqué les esprits au Québec et dans le monde, tant les menaces sur la liberté d’expression et la vie démocratique étaient importantes. De quelle sourde puissance investi le livre pour susciter le déploiement d’un tel arsenal ? Le sort réservé aux livres et à la parole des écrivains a toujours constitué l’un des gestes décisifs par lequel le pouvoir se révèle.

Anne-Marie Voisard, qui était à l’époque responsable des affaires juridiques pour Écosociété, revient sur cette affaire et se livre à un magistral exercice de réflexion critique sur le droit. Cet essai est né d’une expérience vécue. Il prend pour point de départ ce qu’il est désormais convenu d’appeler « l’affaire Noir Canada ». Il ne prend pourtant pas la forme, à proprement parler, d’un témoignage, au sens où il s’agirait de reconstituer le plus fidèlement possible le déroulement d’une affaire. Il ne s’agit pas non plus de rouvrir, par les voies détournées de l’écriture, deux procès que des règlements hors cour auraient laissé inachevés. Si cette affaire doit être soumise à l’analyse, c’est parce qu’elle est symptomatique de la violence sociale qui s’exerce par le dispositif judiciaire et qu’elle nous donne à voir, sous une forme paradigmatique, le rôle stratégique joué par le droit dans la cartographie contemporaine des rapports de pouvoir et de domination. L’affaire Noir Canada constitue la genèse d’une réflexion sur les perversions et les torsions d’un droit organisant une sorte de suspension de la justice, où le droit à la réputation prime la liberté d’expression, et pavent la voie au seul droit du plus fort.

Dans un contexte de judiciarisation croissante du politique, de nouvelles modalités de répression de la parole se sont déployées. Les poursuites-bâillons (SLAPP - Strategic Lawsuits Against Public Participation) sont symptomatiques de cette censure légalisée contemporaine. Ces actions en justice, intentées souvent en diffamation, visent à neutraliser des personnes ou des groupes ayant pris part au débat public dans le cadre de controverses sociales et politiques. Cette stratégie d’intimidation judiciaire repose sur la menace d’une condamnation au versement de dommages et intérêts exorbitants, tandis que l’institution judiciaire est enrôlée pour nier des droits qu’elle a paradoxalement vocation à protéger. Et à l’heure où les réformes tendent de plus en plus vers une privatisation du droit, l’analyse d’Anne-Marie Voisard aux accents philosophiques et littéraires est des plus pertinentes. Convoquant entre autres Kafka, Foucault, Bourdieu, Rancière et Tarde, l’auteure nous emmène avec brio dans les méandres de la procédure judiciaire, qui s’impose comme une instance de normalisation des corps et de la parole.

AUTEUR(S)

Anne-Marie Voisard a été responsable des affaires juridiques d’Écosociété de 2008 à 2013, pendant toute l’affaire Noir Canada. Professeure de psychologie au Cégep de Saint-Laurent, à Montréal, elle détient une maîtrise en sociologie du droit de l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS) de Paris. Le droit du plus fort est son premier essai.




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